Anime

Pale Cocoon

Pale Cocoon
OAV

Pale Cocoon, Critique de la rédaction

Critique rédigée par Yodan le 03 Novembre 2008 (dernière modification le 10 Novembre 2008)
Peu d’informations sont disponibles sur Pale Cocoon, cet OAV de 23 minutes, sorti au Japon le 18 janvier 2006. Produit par le studio Rikka, cet anime possède la particularité que son créateur, Yasuhiro Yoshiura, l’a entièrement réalisée, endossant toutes les casquettes durant les étapes de la production : du scénario au montage en passant par l’animation, prêtant même sa voix au collègue du héros. Démarche rare dans le milieu de l’animation nippone actuelle, et qui rappelle celle similaire de Makoto Shinkai avec Hoshi no Koe et Kumo no mukou Yakusoku no Basho. Mais Yasuhiro Yoshiura n’en est pas à son coup d’essai puisque sa toute première oeuvre, Aquatic Language, d’une durée de neuf minutes, sorti en 2002 avait été réalisé de la même manière. Pale Cocoon a été présenté pour la première fois en Europe au Future Film Festival de Bologne en 2007. Il eut droit par la suite à une autre diffusion au Festival International du Film Fantastique de Bruxelles.

Pale CocoonQue les amateurs de shônen ou d’anime ultra-speedés passent leur chemin, Pale Cocoon est une œuvre de science-fiction contemplative baignant dans le philosophico-poétique. Gorgé d’émotion Pale Cocoon est une réussite sur tous les points. Premier point frappant, les personnages, et surtout leurs visages assez simples et peu détaillés, sont mis en retrait au profit de ce qui les entoure. Fourmillant de détails, les environnements sont d’une beauté esthétique et plastique sublime. Les images de synthèses aux différents aspects grisâtres expriment de façon convaincante un univers aseptisé et complètement déshumanisé, où l’Homme est relégué en arrière-plan des omniprésents écrans aux proportions démultipliées, et qui rendent rapidement oppressante cette atmosphère d’une pâleur cadavérique. Le tout est réhaussé par une animation d’une remarquable fluidité où les mouvements sont d’un tel naturel que la moindre action est criante de vérité. Mélangeant harmonieusement des éléments 2D dans un environnement 3D, les effets de lumière sont également très bien retranscrits. Yasuhiro Yoshiura nous offre aussi une leçon de cadrage et de réalisation, faisant flotter sa caméra dans des décors fouillés, expérimentant de manière réfléchie les différents effets de lumières nous offrant ainsi des visions différentes de la même scène.

La partition de Tohru Okada, de plus en plus présente au fur et à mesure de l’intrigue, n’est jamais superflue ou gratuite, mais offre un véritable écrin aux images de Yasuhiro Yoshiura.

A la manière de Twelve Monkeys de Terry Gilliam, les habitants de la Terre sont obligés de vivre sous terre,  en raison, ici, d'une catastrophe environnementale rendant la surface invivable et inhospitalière pour l’Homme. Dans cette œuvre de science-fiction pessimiste, Yasuhiro Yoshiura nous plonge dans un monde sombre, où l’Homme est ici étouffé par ses créations, où il semble insignifiant en comparaison des énormes écrans ou de la gigantesque salle d’archives dans laquelle travaille Ura. Tous les environnements sont plongés dans cette même teinte de gris morbide et uniforme, où la nature est totalement absente. Elle a laissé sa place à un tout-technologique devenant l’environnement naturel de l’Homme, reflétant la déshumanisation de notre société pour un monde froid, métallique et morne. L’extérieur, baigné dans une sorte de neige lente, reste sombre et mystérieux. On ne voit rien du sous-sol de la planète dans lequel évoluent les protagonistes. Le seul élément qui nous est offert de découvrir est cet escalier, centre de toute l’histoire et de toutes les symboliques du récit, reliant le sous-sol à la surface, trait d’union entre le présent et le passé. Intimiste et éthéré, tout le récit nous est quasiment exclusivement offert à travers les pensées et questionnements de Ura, et avance au rythme du protagoniste principal, c’est à dire lentement et calmement, calqué sur ses découvertes et son questionnement.

Fil conducteur du récit, l’enregistrement que découvre Ura sert ici de déclencheur, et nous offre par son intermédiaire un twist final parfaitement maîtrisé par le réalisateur. D’abord d’aspect quasi-horrifique, rappelant la cassette de RING, la vidéo, aux images saccadées et aux sons inquiétant, se révèle salvatrice dans la quête de vérité du héros. Cassette qui se révélera dans son contenu totalement inattendu offrant un souffle poétique au dénouement de la quête de Ura. Toute l’histoire tourne autour de la recherches des raisons de la fuite des hommes de la surface la planète bleue, une thématique qui s'est même glissée dans le titre grâce à un jeu de mot puisque Pale Cocoon, se traduisant par Aoi Tamago, peut signifier "œuf bleu".

Pale CocoonEn utilisant les codes de la hard science-fiction, Yasuhiro Yoshiura nous offre aussi une revisite de l’allégorie de la caverne. Ura illustre parfaitement la pénible accession des hommes à la connaissance de la réalité, ainsi que la non moins difficile transmission de cette connaissance. Un questionnement sur la place de l’Histoire et de la mémoire dans notre société est aussi abordé à travers de nombreuses thématiques. Il y a tout d’abord celui du livre.

Dans l’univers de Pale Cocoon, le livre est inconnu. Tout du moins dans sa forme physique, au profit d’un multimédia omniprésent, offrant un certain écho avec le déclin du livre, ici comme source de savoir au profit d’un support numérique prenant de plus en plus de place dans notre vie de tous les jours. A travers le personnage de Riko, Yoshiura pose la question de savoir si l’on peut vivre dans le présent sans tenter de comprendre le passé, s'il n’est pas préférable de vivre sans connaître ce qu’il s’est déroulé avant.

Avec son Pale Coccon, Yasuhiro Yoshiura nous offre une court-métrage intelligent et teinté d’une péosie touchante, pointant du doigt des questions d’actualités dans un monde où l’humanité est désabusée et fataliste. D’une réalisation impeccable et d’une beauté visuelle remarquable, Pale Coccon est une oeuvre envoûtante et sans fausse note, d’autant plus qu’il n’a été réalisé que par un seul homme. De plus le magnifique double DVD édité par Dybex permet de découvrir Pale Cocoon dans des conditions optimales.

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Critique rédigée par Yodan le 03 Novembre 2008 (dernière modification le 10 Novembre 2008)
NOTATION
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Notes du chroniqueur :

Scénario
Dessins
Bande-son
Réalisation
Global
Oeuvre sublime et envoûtante, où s'entremêle poésie et philosophie dans un univers dystopique , Yasuhiro Yoshiura nous livre avec Pale Cocoon un véritable bijou.
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